Les dossiers de Perce-Neige

X-Fragile

Monique NARCY, neuro-pédiatre, médecin directeur de Centre d’Action Médico-Sociale Précoce et membre de la commission médico-sociale de Perce-Neige.

“La particularité de l’X Fragile c’est son diagnostic tardif, contrairement à la Trisomie 21 qui se détecte dès la naissance. L’X Fragile est identifié en moyenne vers l’âge de 2 ans ½ ou 3 ans c’est-à-dire au moment de la constatation de troubles de l’apparition du langage, excepté dans les cas où il existe une hérédité manifeste (si d’autres enfants de la famille sont déjà touchés par exemple).Généralement, les enfants X Fragile marchent tard et éprouvent des difficultés à rentrer dans des activités plus élaborées (comme le langage). Les ‘X Fra’ sont instables, impulsifs, évitent les échanges, supportent mal le bruit ou les environnements agités qu’ils vivent comme une agression. Lorsqu’un retard mental inexpliqué se manifeste chez un enfant, nous demandons systématiquement un bilan génétique qui comporte toujours la recherche d’X Fragile  et permet ainsi le diagnostic.

Si le diagnostic d’X Fragile est avéré, le conseil génétique est indispensable car le syndrome est une maladie génétique familiale. La mère est en effet porteuse de l’anomalie génétique. C’est ce qu’on appelle la prémutation (elle porte le syndrome mais ne l’exprime pas).  C’est alors sur la génération suivante qu’existe le risque d’apparition de la maladie. L’anomalie génétique responsable du syndrome d’X Fragile possède en effet la particularité de s’amplifier au fil des générations.”

Maladie  génétique,  le  syndrome de l’X Fragile est la deuxième cause de retard mental  après  la  Trisomie 21  et  la  première cause  de retard mental héréditaire.  Il touche 1  garçon  sur       4  000  et  1  fille  sur 7 000.

Etre  porteur  de  ce  syndrome,  c’est affronter  au  quotidien  les manifestations d’un retard mental, touchant en particulier  le  langage,  ainsi  que  des troubles du comportement.

Les  troubles  du  langage  sont  quant   à  eux  quasiment  constants.  Il  arrive qu’un  enfant  X Fragile  ne  prononce qu’un à deux mots jusqu’à l’âge de 3 ou 4 ans. Le langage développé est fait de digressions,  de  répétitions,  de   pauses  inappropriées,  d’interjections,   de  persévérations, d’écholalies ...  La stimulation,  via  des  séances  d’orthophonie, est indispensable tout au long de la vie.

La coordination motrice est également perturbée  chez  les  enfants  X  Fragile. Pour  eux,  impossible  par  exemple  de sauter à cloche pied, de  réceptionner correctement  un  ballon  lancé  ou  de tenir un crayon de façon adéquate. Les troubles de représentation de l’espace ne  sont  pas  rares,  aggravés  par  de   possibles  difficultés  de  coordination   visuelle. Un  comportement  qui évoque parfois l’autisme. Outre  les  différents  troubles  décrits,   les  signes  les  plus  caractéristiques  du   syndrome de l’X Fragile sont incontestablement comportementaux.

L’hyperactivité est ainsi présente chez 70% des garçons X Fragile. Un comportement impulsif est fréquent. Submergées par un ensemble de stimuli (visuels, tactiles, auditifs), les personnes porteuses du syndrome éprouvent des difficultés à faire le tri entre les informations pertinentes et celles qui ne le sont pas. Les personnes X Fragile peuvent présenter une hypersensibilité aux bruits, au toucher, aux odeurs et parfois même aux couleurs.

Cette « anxiété sociale » est également une des caractéristiques essentielles des   personnes X Fragile. Leur ‘seuil de tolérance’ se trouve vite atteint, ce qui les gêne pour  s’engager  dans  une  relation,  faire  face  à  un  conflit  ou  à  une  situation   nouvelle sans éprouver de sentiment de menace. Toutefois, lorsque les personnes X Fragile se sentent en confiance, elles font preuve de certaines qualités relationnelles  (bonne humeur, affection,  serviabilité...) et présentent un  véritable  intérêt social et affectif.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement permettant d’envisager la guérison du  syndrome  de  l’X  Fragile.  Ceux  proposés  aujourd’hui  visent  essentiellement   à réduire certains troubles comme l’hyperactivité, l’anxiété, l’agressivité... et à soutenir les apprentissages et le développement des compétences. Toutefois, grâce au développement  de  la  biologie moléculaire,  le  fonctionnement  de  la maladie  et   son mode de transmission sont de mieux en mieux connus.

Extrait du Perce-Neige Magazine de décembre 2010.

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